Déminage: les femmes font leur place

5 janvier 2021

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Le déminage humanitaire a longtemps été considéré comme un domaine d’activité plutôt masculin. Aujourd’hui, les mentalités ont changé et de nombreuses organisations comptent des équipes mixtes ou entièrement féminines. La FSD a formé ses premières démineuses il y a 15 ans au Sri Lanka et a récemment mis sur pied une équipe de déminage composée de sept femmes en Irak. Un sondage interne mené le mois dernier auprès de celles-ci montre l’impact de cette nouvelle carrière sur leur vie familiale et sur leur place dans la communauté.  

« Mes relations avec mon entourage ont changé depuis que je fais ce travail, je me sens plus indépendante » explique Noor, cheffe de l’équipe de déminage féminine de la FSD en Irak. Comme la plupart de ses collègues, Noor ne connaissait rien à la lutte antimines avant son recrutement par la FSD en 2019. Elle est avocate de formation. « Il fallait que je trouve du travail. J’ai commencé dans l’équipe de sensibilisation aux dangers des engins explosifs et ai beaucoup aimé cette activité. J’ai ensuite choisi de suivre la formation de démineuse ».

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En Irak, les femmes sont encore peu intégrées sur le marché du travail. Aujourd’hui, seules 13% d’entre elles occupent un emploi rémunéré, contre trois quart des hommes. Dans les zones qui ont été occupées par les forces de l’État islamique entre 2014 et 2017, la situation est encore plus difficile. L’ampleur des destructions et la contamination par les engins explosifs ralentissent la reprise économique et font obstacle aux tentatives des habitant-e-s de reprendre une vie normale.

La FSD travaille dans le gouvernorat de Ninive, un des plus touchés par les combats. Les démineuses et démineurs en devenir sont recrutés au sein de la population locale et suivent une formation de six semaines, au terme de laquelle elles/ils reçoivent leur diplôme de déminage de niveau 1. Une équipe composée de six femmes démineuses et d’une responsable des premiers secours a ainsi été formée fin 2019. D’autres recrues féminines ont en outre intégré les équipes chargées d’enquêter sur la localisation des mines artisanales et de sensibiliser la population aux dangers des engins explosifs.

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Selon les Directives des Nations unies sur l’égalité des sexes dans les programmes de lutte antimines, « l’emploi des femmes dans les communautés touchées est transformateur, contribuant à l’autonomisation économique des femmes et augmentant leur participation et leur pouvoir de décision.» Une enquête menée par la FSD auprès de ses employées irakiennes confirme ce phénomène. Une large majorité des femmes interrogées affirme en effet prendre davantage de décisions au sein du foyer, notamment au sujet des dépenses, depuis qu’elles travaillent à la FSD. De plus, la plupart participent désormais moins aux tâches ménagères, qui sont davantage assumées par leurs maris ou d’autres membres de la famille. Elles estiment en outre que leur influence au sein de leurs communautés respectives a augmenté, notamment en raison des compétences qu’elles ont acquises dans le cadre de leur nouvel emploi.

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Comme d’autres organisations de déminage humanitaire, la FSD a mis en place des politiques et procédures spécifiques pour assurer un recrutement, une formation et une conduite des activités intégrant la perspective de genre. L’organisation veille attentivement à tenir compte des besoins spécifiques de ses employées et à prévenir toute forme de discrimination ou violence sexiste au sein de ses équipes.

Le recrutement de démineuses ne bénéficie pas qu’à l’autonomisation des femmes et à l’amélioration de leur statut dans les communautés concernées. Il a été montré qu’une représentation équilibrée des sexes dans tous les domaines du déminage permet d’améliorer la qualité des interventions. Les équipes mixtes permettent par exemple d’établir plus facilement le dialogue avec les différents groupes des populations affectées.