LES MÈRES D’OYKAMAR

Octobre 2019

Dans notre précédente newsletter, nous évoquions la contamination du Tadjikistan par des stocks de pesticides périmés datant de l’époque soviétique. Nous nous focalisons cette fois-ci sur le village d’Oykamar, un des plus affectés par ce fléau. Plus de 2000 m3 de l’insecticide toxique DDT y seraient enterrés, le village étant un ancien centre de distribution.

La FSD travaille actuellement à excaver le sol contaminé et à le déplacer vers un lieu de stockage sécurisé, loin de toute présence humaine.

Ci-dessous des entretiens menés avec quatre habitantes d’Oykamar vivant près des entrepôts où les pesticides étaient stockés.

SARVINOZ

SARVINOZ

Quel est l’impact de la présence de pesticides sur votre vie ?

“Cela sent mauvais, surtout en été. Plusieurs enfants sont tombés malades. Plusieurs animaux sont morts. C’est à cause des pesticides. Ce sont des produits dangereux, toxiques. Nous savons tous qu’ils sont toxiques.”

MOUNAWAR

Mounawar vit à Oykamar depuis huit ans. Son beau-père était le gardien des entrepôts.

MOUNAWAR

Savez-vous ce que les entrepôts contenaient ?

“Différents pesticides. Du DDT, du B48, du B52...”

Quel est l’impact de la présence de pesticides dans le sol sur les habitants ?

“Nous ne pouvons pas cultiver les champs. Nous avons souvent de fortes migraines et cette mauvaise odeur ne part jamais.”

La famille de Mounawar vit juste à côté d’un de ces anciens entrepôts. La poudre jaune que l’on peut voir sur le sol révèle la présence de pesticides.

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ZOLFIA

Zolfia vit à Oykamar depuis onze ans.

ZOLFIA

Quand avez-vous réalisé que la présence de pesticides posait problème ?

“Quatre ou cinq ans après notre arrivée à Oykamar. Nous donnons suffisamment à manger à nos enfants pour le petit-déjeuner et le déjeuner. Mais il est arrivé qu’ils s’évanouissent à l’école et s’écroulent par terre. Le professeur nous en a informé et les a renvoyé à la maison. Ce n’est pas arrivé qu’à mes enfants, mais aussi à ceux de mes voisins, qui vont à la même école.”

“Décontaminer le site est très important. Nous ne pouvons pas être déplacés, nous avons dépensé beaucoup d’argent. Mon mari est actuellement malade et il est le seul gagne-pain de la maison. Si le gouvernement décide que nous devons partir, je ne sais pas comment nous survivrons.

Salmanjoon vient de Komsangir, un village voisin. Elle vit à Oykamar depuis dix ans. Sa maison est très proche d’un des anciens entrepôts de pesticides.

SALMANJOON

SALMANJOON

La présence de pesticides est-elle visible à l’œil nu ?

“Oui, surtout en hiver: dans les trois zones les plus contaminées du village, quand il pleut ou qu’il neige, le sol devient jaune. L’odeur est terrible. Tout le monde a des maux de tête. ”

Que est l’impact de la présence de pesticides sur votre famille?

“Une de mes filles, qui a 15 ans, a une maladie de la peau. Certains de mes enfants se sont sentis mal et se sont évanouis à l’école.”

Note: Les problèmes médicaux des résidents d’Oykamar n’ont à ce jour pas été formellement liés à leur exposition aux pesticides périmés. Il est par contre prouvé que ces derniers contiennent des polluants organiques persistants (POP), substances chimiques qui persistent dans l’environnement, s’accumulent le long de la chaîne alimentaire et ont des effets délétères sur la santé humaine et l’environnement. La convention de Stockholm de 2001 sur les polluants organiques persistants vise d’ailleurs à réduire ou éliminer leur production et leur utilisation.

Le projet d’assainissement des pesticides de la FSD au Tadjikistan est mené en collaboration avec la société de conseil et d’ingénierie environnementale Tauw, et est soutenu par différentes fondations et donateurs privés.