Les mines antipersonnel sont-elles interdites? La Convention d’Ottawa expliquée 

26 août 2026 /  Zoé Le Goff
La Convention d’Ottawa ou le traité sur l’interdiction des mines, est l’accord international qui interdit les mines antipersonnel. Elle a largement contribué à réduire leur utilisation dans le monde et à mieux protéger les populations civiles dans les zones de conflit.

Mines antipersonnel: une préoccupation grandissante à la fin du XXe siècle 

Les mines sont apparues au milieu du XIXe siècle et ont notamment été utilisées pendant la guerre de Sécession. Elles ont ensuite été employées au cours de nombreux conflits, mais c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que leur utilisation est devenue massive, leur production industrielle permettant d’en fabriquer des millions. Leur emploi s’est poursuivi pendant la guerre froide ainsi que lors de conflits en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Pendant des décennies, les mines ont été considérées comme des armes militaires efficaces: elles permettaient de ralentir les forces ennemies, de protéger des positions et de contrôler les déplacements de l’adversaire. Au fil du temps, cependant, leurs conséquences à long terme sur les populations civiles sont devenues impossibles à ignorer.

Enfouies dans le sol, les mines continuent de blesser et de tuer pendant des années, parfois même des décennies après la fin des combats. Dès le début des années 1990, elles sont devenues l’un des problèmes humanitaires les plus urgents dans les pays touchés par les conflits. Chaque année, des dizaines de milliers de civil·es étaient blessé·es ou tué·es. Les terres ne pouvaient plus être cultivées, les familles ne pouvaient pas rentrer chez elles et des communautés entières restaient prisonnières de la pauvreté dans des lieux où les sols étaient jonchés de mines.

En 1992, pour répondre à cette urgence, six organisations humanitaires ont créé la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL). Le Canada a ensuite accueilli les discussions qui ont conduit à la Convention d’Ottawa. Lors d’une conférence tenue dans la capitale en 1996, le ministre des Affaires étrangères canadien, Lloyd Axworthy, a demandé aux États présents de négocier et d’adopter un traité dans un délai d’un an, un processus accéléré pour répondre à l’urgence. En décembre 1997, 122 États avaient signé la convention. La même année, la Campagne internationale pour interdire les mines et sa coordinatrice, Jody Williams, ont reçu le prix Nobel de la paix.

Le traité d’interdiction des mines est le fruit d’une mobilisation sans précédent de gouvernements, d’organisations humanitaires, de survivant·es et de militant·es. Il a consacré l’idée que les conséquences humanitaires des mines antipersonnel l’emportaient largement sur leur utilité militaire.

Toujours en 1997, un groupe d’humanitaires suisses déterminés à s’attaquer aux conséquences dévastatrices des mines antipersonnel a fondé la FSD afin de contribuer à la mise en œuvre des objectifs de la convention (en savoir plus). Depuis, les équipes de la FSD ont neutralisé plus de 214’000 mines antipersonnel, contribuant ainsi à réduire concrètement les accidents.

Qu’interdit précisément la Convention d’Ottawa? 

La Convention d’Ottawa interdit les mines antipersonnel. En pratique, les pays qui adhèrent au traité ne peuvent ni employer, ni produire, ni acquérir, ni stocker, ni transférer les mines antipersonnel (en savoir plus).

La convention concerne spécifiquement les mines antipersonnel, conçues pour exploser en présence, à proximité ou au contact d’une personne. Une fois posées, elles ne peuvent pas faire la distinction entre un soldat et un civil. Leur caractère indiscriminé constitue l’une des principales raisons de leur interdiction et contrevient à un principe fondamental du droit international humanitaire. Les mines antivéhicules, qui nécessitent généralement une pression plus importante pour exploser, ainsi que les mines marines, ne relèvent pas du champ d’application de la Convention d’Ottawa.

Les pays qui adhèrent à la Convention s’engagent à: 

  • détruire leurs stocks de mines antipersonnel dans un délai de quatre ans; 
  • déminer l’ensemble des zones contaminées placées sous leur juridiction ou leur contrôle dans un délai de dix ans, avec la possibilité de demander une prolongation; 
  • fournir une assistance aux victimes des mines. 

Pour remplir leurs obligations, les États parties qui ne disposent pas eux-mêmes des moyens nécessaires pour faire face à l’ampleur de la contamination peuvent faire appel à des organisations spécialisées dans l’action humanitaire contre les mines, comme la FSD. Ce travail consiste notamment à enquêter sur les zones contaminées, à localiser les mines et à les neutraliser en toute sécurité en étroite collaboration avec les autorités nationales. En rendant les terres plus sûres, ces opérations sauvent des vies, rétablissent l’accès à des ressources essentielles et permettent aux communautés de se reconstruire.

Tous les pays ont-ils adhéré à la Convention d’Ottawa? 

La Convention d’Ottawa est l’un des accords de désarmement humanitaire les plus largement soutenus au monde. Elle compte 162 États parties, soit plus de quatre États sur cinq à l’échelle mondiale (consulter la liste des États membres).

Le Liban est le pays ayant le plus récemment adhéré à la Convention, en mai 2026, après les Îles Marshall et les Tonga en 2025. L’adhésion du Liban a été particulièrement remarquée, car elle est intervenue alors que le pays était encore marqué par les conséquences d’un conflit actif. Certains États qui restent en dehors du traité invoquent des préoccupations liées à leur sécurité nationale et à leur défense pour justifier leur refus de renoncer aux mines antipersonnel. Parmi eux figurent de grandes puissances militaires comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie et les États-Unis.

En 2025, l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont annoncé leur intention de se retirer de la Convention d’Ottawa, tandis que l’Ukraine a annoncé la suspension de son application. Ces décisions témoignent de la pression croissante exercée sur la convention dans un contexte sécuritaire en pleine évolution.

Alors que certains États demeurent en dehors de la Convention et que d’autres entreprennent de s’en retirer, il reste essentiel de sensibiliser le public aux conséquences humanitaires des mines antipersonnel et de poursuivre les efforts visant à protéger les populations civiles

La Convention d’Ottawa en action 

La Convention d’Ottawa a-t-elle donc réellement fait une différence? Bien que les mines continuent de représenter une menace majeure dans de nombreuses régions du monde, la Convention d’Ottawa a transformé la réponse mondiale face à ces armes. Depuis l’entrée en vigueur du traité, des progrès considérables ont été accomplis. Plus de 55 millions de mines antipersonnel stockées ont été détruites, avec 94 États parties ayant achevé la destruction de leurs stocks (source). La convention a également contribué à établir une norme internationale forte contre les mines antipersonnel: alors que 12 États figurent encore sur la liste de l’observatoire des mines (Landmine Monitor) des pays qui les développent, les produisent ou les acquièrent, seuls quatre ont été identifiés comme produisant ou développant activement des mines antipersonnel en 2025 (source). Trente et un États parties ont achevé le déminage de leurs zones minées depuis 1999 et, rien qu’en 2024, plus de 1’100 km² de terres dont la contamination était avérée ou suspectée ont été libérés, et au moins 105’640 mines antipersonnel ont été détruites dans le cadre d’opérations de déminage (source).

Entre 1999 et 2013, on estime que le traité a sauvé plus de 280’000 vies (source). Il a également influencé des pays qui n’ont pas adhéré au traité, plusieurs d’entre eux ayant adopté des politiques nationales limitant l’utilisation des mines antipersonnel.

La Convention d’Ottawa en chiffres
162
pays ont adhéré à la Convention d’Ottawa
+ 55 millions
de mines antipersonnel stockées ont été détruites par les États parties
+ 280’000
vies sauvées entre 1999 et 2013

La menace n’a pas disparu

Une fois posée, une mine peut rester active pendant des décennies si elle n’est pas neutralisée. En 2024, 6’279 personnes ont été tuées ou blessées par des mines et restes explosifs de guerre, soit le chiffre le plus élevé enregistré en quatre ans. Parmi ces victimes, 1’540 ont été touchées spécifiquement par des mines antipersonnel manufacturées, le chiffre le plus élevé depuis 2011. Les civil·es représentaient neuf victimes sur dix, et près de la moitié étaient des enfants (source).

Les chiffres pour la période 2000–2024 proviennent directement des rapports annuels de l’Observatoire des mines (Landmine Monitor). Entre 1997 et 2000, on estimait à environ 15’000-20’000 le nombre de personnes tuées ou blessées chaque année par des mines antipersonnel dans le monde (source). Ces chiffres ne tiennent compte que des victimes signalées et ne reflètent donc pas nécessairement l’ampleur réelle des accidents liés aux mines.

Les pays les plus touchés comprennent le Myanmar, l’Ukraine, l’Afghanistan, la Syrie et le Yémen ( source). Ces dernières années, de nouvelles contaminations liées aux conflits en cours se sont ajoutées à celles héritées des affrontements passés, contribuant à une nouvelle augmentation du nombre de victimes. 

Ces chiffres illustrent pourquoi les opérations de déminage humanitaire menées par des organisations telles que la FSD sont essentielles. En parallèle, des activités d’éducation aux risques des engins explosifs aident les communautés à comprendre les dangers et à adopter des comportements plus sûrs afin de prévenir les accidents le temps que les opérations de déminage soient menées. Le déminage humanitaire ne permet pas seulement d’éviter des victimes: il permet également aux agriculteur·euses de cultiver à nouveau leurs terres, aux familles de rentrer chez elles et aux communautés de commencer à se reconstruire. Le déminage est souvent l’une des premières étapes du relèvement d’un pays.

Comment est régulée l’application de la Convention d’Ottawa? 

La Convention d’Ottawa ne dispose pas de son propre organisme international d’inspection ou d’application. Les États parties rendent plutôt compte régulièrement des mesures qu’ils prennent pour respecter leurs engagements, tandis que des organisations indépendantes suivent les progrès réalisés et signalent les éventuels sujets de préoccupation. L’observatoire des mines (Landmine Monitor), une initiative d’ICBL, fournit des rapports indépendants sur la mise en œuvre du traité. Parallèlement, l’Unité d’appui à la mise en œuvre de la Convention sur l’interdiction des mines, basée à Genève, aide les États parties à mettre la Convention en pratique. Les pays se réunissent régulièrement pour discuter des progrès accomplis et des difficultés rencontrées.

Tous les cinq ans, une conférence d’examen réunit les États parties et d’autres acteurs afin de faire le point sur les progrès réalisés et de convenir des priorités pour les années à venir. La dernière s’est tenue au Cambodge en novembre 2024, avec la participation de la FSD aux côtés des États parties et d’autres organisations actives dans la lutte antimines.

Tant que des mines antipersonnel continueront d’être posées, l’action humanitaire contre les mines restera essentielle. Mais chaque mine détruite, chaque terrain déminé et chaque communauté mise en sécurité rapproche un peu plus le monde de l’objectif de la Convention d’Ottawa: un monde sans mines antipersonnel.

Ce qui est positif, c’est que, grâce à la Convention et au travail des organisations de déminage dans de nombreux pays, le danger posé par les mines antipersonnel a été réduit. De nombreuses terres ont été déminées.